La RSE en 2024 : un contexte en pleine mutation
La directive européenne CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive), transposée en France en janvier 2024, a transformé la RSE d'un exercice volontaire en obligation légale pour les entreprises de plus de 250 salariés. Ces entreprises doivent désormais publier un rapport de durabilité selon les normes ESRS (European Sustainability Reporting Standards) couvrant les enjeux climatiques, la biodiversité, les droits humains et les pratiques de gouvernance.
Cette nouvelle obligation a créé un besoin massif de professionnels capables de collecter des données, de les analyser et de les communiquer de manière fiable aux parties prenantes (investisseurs, régulateurs, clients, salariés). Le chargé de mission RSE est au coeur de cette chaîne.
Les missions d'un chargé de mission RSE
- Réaliser ou mettre à jour le diagnostic RSE de l'entreprise (analyse de matérialité)
- Calculer le bilan carbone (Bilan GES) selon les scopes 1, 2 et 3 de la norme GHG Protocol
- Définir et suivre les indicateurs ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance)
- Rédiger le rapport de durabilité pour les obligations CSRD ou le rapport RSE annuel
- Piloter la politique achats responsables (critères fournisseurs, évaluation EcoVadis...)
- Accompagner les équipes internes dans l'intégration de pratiques durables
- Gérer les certifications et labels (ISO 14001, B Corp, Lucie, Ecovadis, etc.)
- Assurer la veille réglementaire sur les obligations environnementales et sociales
Les compétences nécessaires
Le chargé de mission RSE est souvent seul ou dans une petite équipe. Il doit donc couvrir un spectre large : compréhension des enjeux climatiques et environnementaux, connaissance du droit (droit social, droit de l'environnement), maîtrise des outils de reporting, et capacité à convaincre des interlocuteurs internes qui ne sont pas naturellement sensibles aux enjeux RSE.
Compétences techniques
- Maîtrise des référentiels (GHG Protocol, GRI, TCFD, ESRS)
- Calcul et analyse du bilan carbone (Scopes 1, 2, 3)
- Connaissance des outils de reporting extra-financier (logiciels ESG, tableurs avancés)
- Compréhension des enjeux de biodiversité (TNFD, évaluation des dépendances)
- Maîtrise de l'anglais (normes et publications internationales)
Compétences transversales
- Capacité de conviction interne : faire adhérer les directions opérationnelles aux engagements RSE
- Pédagogie : former et sensibiliser des collaborateurs non spécialistes
- Rigueur documentaire : les audits de certification vérifient chaque donnée
- Veille permanente sur une réglementation qui évolue très vite
Quelle formation pour travailler dans la RSE ?
Il n'existe pas de cursus unique. La RSE est un carrefour de disciplines, et les professionnels du secteur viennent d'horizons variés : droit de l'environnement, management, sciences politiques, ingénierie, économie. Ce qui compte davantage que le diplôme d'origine, c'est la spécialisation choisie en master ou en formation continue.
Les masters spécialisés
Plusieurs masters forment directement aux métiers RSE : Master Management de la RSE (IAE, Sciences Po), Master Développement Durable et Responsabilité Sociale des Entreprises, Master QHSE (Qualité, Hygiène, Sécurité, Environnement), Master Droit de l'Environnement appliqué aux entreprises. Ces formations sont proposées par les IAE, les universités et certaines grandes écoles de commerce.
Les certifications professionnelles
Pour les professionnels déjà en poste, des certifications reconnues permettent de se spécialiser : la formation Lead Implementer ISO 14001, les certifications GRI ou TCFD, la formation Bilan Carbone (ADEME/ABC). Ces formations courtes sont finançables via le CPF pour les salariés.
Quel salaire pour un chargé de mission RSE ?
La RSE est un domaine relativement récent, et les niveaux de rémunération varient fortement selon la taille de l'entreprise, le secteur et la maturité de la démarche RSE. Dans les grands groupes cotés (CAC 40, SBF 120), les équipes RSE sont bien dotées. Dans les PME, c'est souvent une mission portée à temps partiel par un profil polyvalent.
| Niveau | Salaire net/mois | Observations |
|---|---|---|
| Chargé de mission junior (0-3 ans) | 2 500 - 3 200 € | PME ou première expérience en grand groupe |
| Responsable RSE confirmé | 3 500 - 5 000 € | Entreprise de taille intermédiaire ou grand groupe |
| Directeur RSE (grande entreprise) | 5 500 - 8 000 € | CAC 40, reporting CSRD, équipe à piloter |
| Consultant RSE indépendant | 3 500 - 7 000 € | Variable selon missions, expérience et réseau |
Les débouchés et l'évolution
La demande de compétences RSE est en forte croissance depuis 2022 et s'est encore accélérée avec la transposition de la CSRD. Les secteurs qui recrutent le plus sont la finance (banques, assurances, fonds d'investissement qui ont des obligations de reporting ESG propres), l'industrie manufacturière, la grande distribution, le BTP et l'énergie.
L'évolution naturelle passe du chargé de mission vers le responsable RSE, puis vers le directeur RSE ou directeur du développement durable dans les grandes structures. Une autre trajectoire consiste à rejoindre un cabinet de conseil spécialisé en RSE, pour intervenir sur des missions variées auprès de nombreux clients.
Avantages et difficultés du métier
Ce qui plaît dans ce métier
- Travailler sur des enjeux qui ont du sens : climat, droits humains, économie circulaire
- Un rôle transversal qui donne une vision globale de l'entreprise
- Un marché de l'emploi porteur avec de vraies perspectives salariales
- La diversité des missions : terrain, data, communication, formation, juridique
Les difficultés à connaître
- Le risque de greenwashing : certaines entreprises utilisent la RSE à des fins purement communicationnelles, sans engagement réel
- La solitude du poste dans les PME, souvent seul sans équipe dédiée
- Une réglementation qui évolue très vite, nécessitant une veille permanente
- La difficulté à convaincre certaines directions de l'importance des investissements RSE à court terme
Comment accéder à ce métier ?
Via un master spécialisé : master RSE, développement durable, QHSE ou droit de l'environnement appliqué aux entreprises. Accessible après un Bac+3 en sciences humaines, droit, gestion ou sciences.
Via la reconversion : de nombreux professionnels (juristes, ingénieurs, chargés de communication) se reconvertissent vers la RSE avec une formation complémentaire. Les certifications professionnelles (GRI, Bilan Carbone, ISO 14001) sont finançables par le CPF et le Projet de Transition Professionnelle.
Via une première expérience polyvalente : certains profils intègrent la RSE après quelques années en communication, RH ou en direction technique, en faisant évoluer leur poste progressivement.
Avant d'accepter un poste, quelques signaux permettent d'évaluer le sérieux de la démarche : l'entreprise a-t-elle un objectif chiffré et daté de réduction de ses émissions ? La RSE est-elle rattachée à la direction générale ou reléguée à la communication ? Y a-t-il un budget dédié ? Les indicateurs sont-ils audités par un tiers indépendant ? Ces questions méritent d'être posées en entretien.
