Un secteur en pleine expansion
La France a adopté en 2024 une nouvelle programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE3) qui fixe des objectifs de capacité solaire installée très ambitieux : atteindre entre 75 et 100 GWc d'ici 2035, contre moins de 25 GWc fin 2023. Cela représente plus d'un triplement en dix ans, et chaque installation nécessite des équipes formées pour la pose, le raccordement et la maintenance.
Les installateurs qualifiés manquent. Selon la filière solaire, le secteur devra former plusieurs dizaines de milliers de professionnels dans les années à venir pour atteindre ces objectifs. C'est l'une des tensions de recrutement les plus fortes dans le BTP actuellement.
Les missions d'un installateur photovoltaïque
- Évaluer l'état de la toiture et la faisabilité technique de l'installation (orientation, inclinaison, structure porteuse)
- Poser les fixations (rails, crochets, pattes de scellement) selon le type de couverture
- Installer les panneaux solaires (modules) sur les supports fixés
- Câbler les modules en série et en parallèle pour former les chaînes (strings)
- Raccorder l'onduleur, les dispositifs de protection (disjoncteurs, parasurtenseurs) et le compteur
- Effectuer les mesures initiales de mise en service (test d'isolement, mesure de production)
- Rédiger le dossier de mise en service pour la déclaration auprès du gestionnaire de réseau (Enedis)
- Assurer la maintenance préventive : nettoyage des modules, vérification des connexions et des mesures de performance
Les compétences et habilitations nécessaires
L'installation photovoltaïque combine deux métiers : couvreur (pour tout ce qui concerne la toiture) et électricien (pour le câblage DC et AC, le raccordement réseau). Un bon installateur doit maîtriser les deux aspects.
Habilitations électriques obligatoires
Les habilitations électriques sont délivrées par l'employeur après une formation spécifique, selon la norme NF C 18-510. Pour un installateur photovoltaïque, les habilitations courantes sont B0 (exécution de travaux d'ordre non électrique en zone à risque), BR (intervention de dépannage et raccordement), H0 pour les travaux côté Haute Tension si nécessaire.
La certification QualiPV
QualiPV est une certification délivrée par AQPV (Association pour la Qualification Photovoltaïque). Elle est requise pour les installateurs dont les clients souhaitent bénéficier des aides de l'État (MaPrimeRénov', prime à l'autoconsommation). Il existe deux certifications : QualiPV Bat (intégration au bâti) et QualiPV Elec (systèmes à la revente ou en autoconsommation). La certification se prépare en 2 à 5 jours de formation spécialisée.
Autres compétences
- Travail en hauteur : formation sécurité (PPSPS, CACES nacelle si nécessaire)
- Connaissance des types de toitures : tuiles, ardoise, bac acier, membrane EPDM
- Lecture de plans électriques et de notices d'onduleurs
- Utilisation d'un irradiancemètre et d'un I-V tracer pour les diagnostics de performance
- Compréhension des démarches administratives : déclaration préalable, consuel, raccordement Enedis
Quelle formation pour devenir installateur photovoltaïque ?
Il n'existe pas de CAP ou de BTS directement dédié au photovoltaïque. La formation se construit par cumul de diplômes de base et de certifications spécialisées.
La base : CAP ou BP Électrotechnique
Le CAP ELEEC (Électrotechnique Énergie Équipements Communicants) ou le BP Électrotechnique sont les diplômes de référence pour entrer dans la profession. Ils s'obtiennent en 2 ans après la 3e (CAP) ou en 2 ans après un CAP ou bac pro (BP). L'apprentissage est très développé dans ce secteur.
Les formations complémentaires
Après le diplôme de base, l'installateur photovoltaïque suit des formations courtes ciblées : formation aux habilitations électriques (1-2 jours), formation QualiPV (2-5 jours selon la spécialité), formation travail en hauteur. Toutes ces formations sont finançables par l'employeur (plan de formation) ou par le CPF pour les indépendants.
La reconversion par les titres professionnels
Pour les personnes en reconversion sans formation électrique préalable, des Titres Professionnels de niveau 4 (Installateur en Énergies Renouvelables) sont accessibles en quelques mois dans des centres AFPA ou des organismes spécialisés. C'est une voie directe et efficace.
Quel salaire pour un installateur photovoltaïque ?
Les salaires sont encadrés par les conventions collectives du BTP (Ouvriers du BTP) et des industries électriques. La certification QualiPV et l'expérience permettent d'accéder à des niveaux de rémunération plus élevés, notamment en tant que chef d'équipe ou responsable technique.
| Situation | Salaire net/mois | Observations |
|---|---|---|
| Monteur-câbleur débutant | 1 800 - 2 200 € | CAP + habilitations, pose sous supervision |
| Installateur confirmé (3-5 ans) | 2 200 - 2 800 € | QualiPV, autonome sur chantier résidentiel |
| Chef d'équipe | 2 800 - 3 500 € | Encadrement d'équipe, coordination chantier |
| Auto-entrepreneur établi | 3 500 - 5 000 € | Variable selon volume, charges à déduire |
Les primes de déplacement (indemnités de trajet, de repas, d'hébergement) peuvent représenter 200 à 400 € mensuels supplémentaires selon la zone d'intervention. Les indemnités de trajet sont encadrées par les conventions collectives du BTP.
Les débouchés et l'évolution
Le marché de l'installation solaire offre des débouchés durables. Les employeurs vont des grandes entreprises d'installation (filiales de TotalEnergies, EDF Renouvelables, Engie...) aux PME artisanales locales, en passant par les coopératives d'énergie citoyenne. L'auto-entrepreneuriat est très développé dans ce secteur, notamment pour les techniciens expérimentés.
L'évolution peut passer par le poste de chargé d'affaires ou de technico-commercial, en charge de la prospection, du chiffrage et du suivi client. Certains installateurs se spécialisent dans la maintenance et le diagnostic de performances, ou dans les systèmes de stockage par batterie (secteur en forte croissance).
Avantages et difficultés du métier
Ce qui plaît dans ce métier
- Travailler sur la transition énergétique avec un impact visible et immédiat
- Un marché de l'emploi très dynamique avec peu de concurrence pour les profils qualifiés
- La diversité des chantiers (résidentiel, tertiaire, agricole, grandes toitures)
- La possibilité de créer son activité rapidement avec l'expérience
Les difficultés à connaître
- Le travail en hauteur est inhérent au métier, avec les risques de chute correspondants
- Les conditions météo peuvent interrompre les chantiers (gel, pluie, vent)
- Les déplacements peuvent être importants selon la zone d'intervention
- Les certifications et habilitations doivent être renouvelées régulièrement
Comment accéder à ce métier ?
Via une formation initiale : CAP ELEEC en lycée professionnel ou en apprentissage (2 ans après la 3e), puis formations spécialisées QualiPV et habilitations électriques.
Via une reconversion : Titre Professionnel Installateur en Énergies Renouvelables (AFPA ou centres spécialisés), finançable par le CPF ou le Projet de Transition Professionnelle. Durée : 4 à 8 mois selon les dispositifs.
Via une évolution interne : des électriciens ou couvreurs déjà en poste peuvent évoluer vers le photovoltaïque en suivant les formations complémentaires QualiPV.
