Les droits du salarié pour se reconvertir
Un salarié qui veut changer de métier dispose d'un arsenal de droits dont la majorité des intéressés ne connaissent que la surface. Avant d'envisager une quelconque démarche, il est utile de faire l'inventaire de ce qui est disponible.
Le CPF : votre compte individuel de formation
Le Compte Personnel de Formation est alimenté automatiquement chaque année : 500 euros par an pour un salarié à temps plein, avec un plafond de 5 000 euros. Pour les salariés peu ou pas qualifiés (sans diplôme de niveau CAP ou inférieur), les montants sont portés à 800 euros par an et un plafond de 8 000 euros.
Point essentiel : le CPF est attaché à la personne, pas à l'entreprise. Votre solde vous suit si vous changez d'employeur, si vous êtes licencié ou si vous entrez au chômage. Consultez votre solde directement sur moncompteformation.gouv.fr.
Depuis le 2 mai 2023, une participation forfaitaire de 100 euros s'applique, sauf si vous êtes demandeur d'emploi ou si votre employeur abonde votre compte. Cette participation est déduite de votre solde ou réglée par carte bancaire.
Bon à savoir
Si votre solde CPF est insuffisant pour financer la formation visée, il peut être complété par un abondement de votre employeur, par une aide France Travail (AIF), ou dans le cadre d'un Projet de Transition Professionnelle.
Le bilan de compétences : 24 heures pour faire le point
Tout salarié a droit à un bilan de compétences d'une durée maximale de 24 heures, réparti sur plusieurs semaines. Ce bilan, mené par un cabinet agréé, permet d'identifier ses compétences transférables, ses motivations profondes et de formuler un projet professionnel réaliste. Il est finançable par le CPF et peut se dérouler en dehors du temps de travail, sans que l'employeur en soit informé.
C'est souvent la première étape recommandée avant de s'engager dans une formation longue ou coûteuse. Pour en savoir plus, consultez notre guide dédié au bilan de compétences.
Le Projet de Transition Professionnelle en détail
Le Projet de Transition Professionnelle (PTP) a remplacé le Congé Individuel de Formation (CIF) depuis le 1er janvier 2019. C'est le dispositif le plus puissant dont dispose un salarié en reconversion : il permet de suivre une formation certifiante tout en conservant son poste et son salaire.
Qui peut en bénéficier ?
Le PTP est ouvert à tout salarié, en CDI comme en CDD, justifiant d'une ancienneté de 24 mois en tant que salarié (pas nécessairement dans la même entreprise), dont 12 mois consécutifs dans l'entreprise actuelle. Les salariés en contrat de droit privé y ont accès ; les agents publics disposent de dispositifs similaires mais distincts.
Ce que le PTP couvre
Pendant toute la durée de la formation, votre salaire est maintenu selon les modalités suivantes :
- Salaire intégralement maintenu pour les rémunérations jusqu'à 2 fois le SMIC (soit environ 3 700 euros bruts mensuels en 2026) ;
- Au-delà de ce seuil, la prise en charge est de 90 % du salaire brut de référence la première année, puis 60 % à partir de la deuxième année.
La durée maximale est d'un an en formation à temps plein, ou de deux ans en formation en alternance.
Comment demander un PTP ?
La procédure se déroule en plusieurs temps :
- 1Identifier la formation certifiante visée (inscrite au RNCP ou au Répertoire Spécifique).
- 2Soumettre une demande d'autorisation d'absence à votre employeur, au moins 60 jours avant le début de la formation pour une formation de moins de 6 mois, ou 120 jours pour une formation plus longue.
- 3Déposer votre dossier auprès de votre commission Transitions Pro (CPIR) régionale pour obtenir la prise en charge financière.
- 4Attendre la décision de la commission : les commissions se réunissent en général chaque trimestre, avec des délais de traitement variables selon les régions.
Délais à anticiper
Les commissions Transitions Pro se réunissent trimestriellement. Comptez entre 3 et 6 mois entre le dépôt de dossier et la décision. Si votre formation commence en septembre, déposez votre dossier dès le printemps.
L'employeur peut reporter votre départ en formation (si votre absence est préjudiciable à l'entreprise), mais il ne peut pas refuser le PTP sur le fond, contrairement au CIF qu'il pouvait bloquer dans certaines situations.
La démission-reconversion : quand le chômage est accordé
Depuis la loi du 5 septembre 2018 (loi Avenir Professionnel), un salarié peut démissionner et percevoir l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE), à condition que son projet de reconversion soit préalablement validé. C'est un changement majeur : avant 2019, la démission volontaire excluait presque systématiquement le droit au chômage.
Les conditions à réunir
- 5 ans de travail continu pour le même employeur (sans interruption, hors congés légaux) ;
- Un projet de reconversion validé par un Conseil en Evolution Professionnelle (CEP), organisme indépendant et gratuit ;
- Le projet doit comporter : soit une formation débouchant sur une qualification reconnue, soit une création ou reprise d'entreprise.
Ce qui est accepté, ce qui ne l'est pas
Un projet est validé lorsqu'il est concret et documenté : formation identifiée, organisme référencé, financement envisagé. Un projet flou ("je veux changer de vie", "j'envisage de créer quelque chose") sera refusé par le CEP. La validation n'est pas automatique et peut nécessiter deux à trois entretiens avec un conseiller CEP.
Une fois le projet validé par écrit et la démission effectuée, vous devez vous inscrire à France Travail dans un délai de quatre mois pour activer vos droits à l'ARE. Passé ce délai, les droits sont perdus.
La rupture conventionnelle : une autre voie
La rupture conventionnelle est souvent plus avantageuse que la démission, pour une raison simple : vous avez accès à l'ARE sans conditions particulières de projet, et vous percevez en plus une indemnité spécifique de rupture, dont le montant est librement négocié entre vous et votre employeur (avec un plancher légal).
L'indemnité légale minimale est de 1/4 de mois de salaire brut par année d'ancienneté pour les dix premières années, puis 1/3 au-delà. Il est possible de négocier au-dessus de ce minimum.
Pour que la rupture soit homologuée, les deux parties doivent signer un formulaire Cerfa, respecter un délai de rétractation de 15 jours calendaires, puis la DREETS (Direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités) dispose de 15 jours pour homologuer ou refuser.
Rupture conventionnelle vs démission : que choisir ?
Si votre employeur accepte de négocier une rupture conventionnelle, c'est généralement la meilleure option : vous touchez l'ARE sans devoir justifier d'un projet de reconversion validé, et vous percevez une indemnité en plus. La démission-reconversion n'a de sens que si la rupture conventionnelle est impossible ou si vous avez plus de 5 ans d'ancienneté et un projet solide.
La stratégie optimale pour un salarié en reconversion
Il n'existe pas de chemin universel, mais il existe un ordre logique dans lequel mobiliser les dispositifs disponibles. Le schéma suivant s'applique à la majorité des situations.
- 1Bilan de compétences (CPF) : avant de vous engager dans une formation coûteuse, validez votre projet avec un professionnel. 24 heures, finançables par CPF, sans informer l'employeur si c'est hors temps de travail.
- 2Identifier la formation cible : assurez-vous qu'elle est certifiante (inscrite au RNCP ou RS), qu'elle débouche sur un métier avec des débouchés réels, et que son coût est connu.
- 3Vérifier l'éligibilité au PTP : si vous justifiez de 24 mois d'ancienneté dont 12 dans l'entreprise, le PTP est votre première option. Il maintient votre salaire et vous permet de ne pas quitter votre poste avant la fin de la formation.
- 4Si le PTP n'est pas accessible : combinez CPF, abondement employeur et éventuellement une Aide Individuelle à la Formation (AIF) de France Travail si vous êtes demandeur d'emploi à ce stade.
- 5Si vous devez quitter votre poste : explorez d'abord la rupture conventionnelle. Si ce n'est pas possible et que vous avez 5 ans d'ancienneté, engagez une démission-reconversion avec validation CEP préalable.
Ne démissionnez jamais sans avoir vérifié vos options
Une démission sans filet peut vous priver de l'ARE pendant plusieurs mois (voire définitivement si les conditions ne sont pas réunies). Avant de poser votre lettre, vérifiez si vous pouvez bénéficier de la démission-reconversion ou négocier une rupture conventionnelle. Ces deux options vous donnent accès aux allocations chômage. Une démission classique, non.
Le financement de la formation : récapitulatif
Pour un salarié en reconversion, les principales sources de financement sont les suivantes :
| Dispositif | Montant / conditions | Pour qui ? |
|---|---|---|
| CPF | 500 à 800 €/an, plafond 5 000 à 8 000 € | Tous les salariés |
| PTP (Projet de Transition Professionnelle) | Salaire maintenu + frais de formation pris en charge | 24 mois d'ancienneté dont 12 dans l'entreprise |
| Abondement employeur | Montant libre, selon accord ou plan de formation | Sur négociation avec l'employeur |
| Pro-A (reconversion ou promotion par alternance) | Prise en charge par l'OPCO, selon branche | Salariés en CDI (ou CDD en cas d'accord de branche) |
Pour une vue d'ensemble complète des dispositifs de financement, consultez notre guide Financer sa reconversion.
Vous êtes cadre ?
Une reconversion de cadre soulève des questions spécifiques : accepter ou non une baisse de salaire, choisir entre une reconversion sectorielle et un changement de métier complet, envisager l'indépendance. Un guide complet est disponible : Reconversion d'un cadre : comment ne pas faire n'importe quoi.
